1944-1945 : l’origine du groupe

En 1944, André Boutaud, Louis Dangon, Wladislaw Palley et H. Raudé se rencontrent au centre de formation de Saint-Laurent-lès-Mâcon, où Alexandre Kostanda enseigne la céramique. Âgés d’une vingtaine d’années, ils souhaitent travailler et vivre autrement dans le contexte particulier de l’après-guerre.

Le groupe s’installe à Accolay en 1945. La proximité d’un transformateur électrique joue un rôle concret dans le choix d’une maison où développer l’atelier et les premiers équipements. Cette implantation durable donne bientôt son nom à une production collective : les Potiers d’Accolay.

Des boutons et bijoux aux premières poteries

Les débuts sont consacrés aux boutons, broches et bijoux en céramique. Faute de four adapté, les premières pièces doivent effectuer plusieurs voyages jusqu’à Paris pour les cuissons successives. Une commande liée aux premières collections de Christian Dior contribue à faire connaître ce travail.

L’arrivée de nouveaux matériaux dans la mode pousse ensuite l’atelier à diversifier sa production. Un premier tourneur professionnel rejoint le groupe et les formes usuelles se multiplient : vases, pichets, coupes et objets pour la maison. Le succès rencontré à la Foire Saint-Martin d’Auxerre en 1948 confirme cette nouvelle orientation.

Une production collective et très diverse

L’atelier grandit et rassemble tourneurs, décorateurs, techniciens et artistes. Chacun apporte des gestes et des références différents. Cette organisation collective explique en partie l’extraordinaire diversité des pièces portant le nom Accolay.

Les recherches concernent autant les silhouettes que les surfaces : formes tournées ou moulées, décors incisés, émaux mats ou brillants, effets granités, oxydes et assemblages de matières. La production ne se limite pas aux vases. Elle comprend également des lampes, appliques, masques, personnages, animaux, tables, bars et objets décoratifs de dimensions très variables.

Dans ce village de moins de quatre cents habitants, l’atelier a pris une place économique importante. D’après un document fondé sur les archives des Amis d’Accolay, jusqu’à une cinquantaine de personnes y ont travaillé.

Les boutiques sur les routes des vacances

La diffusion des poteries est étroitement liée à l’essor de l’automobile et des départs en vacances. Les premières pièces sont présentées près des anciens Fours à Chaux, entre Accolay et Vermenton, le long de la RN6. Les automobilistes s’arrêtent et repartent avec une poterie comme souvenir de leur voyage.

D’autres lieux d’exposition et de vente ouvrent ensuite à Vermenton, Arcy-sur-Cure, Appoigny, Lucy-sur-Cure, Pouilly-sur-Loire et Fixin. Ces magasins, parfois installés près des stations-service, participent autant à l’identité d’Accolay que les objets eux-mêmes. Ils expliquent aussi pourquoi de nombreuses pièces sont encore aujourd’hui conservées dans des familles éloignées de l’Yonne.

Des années 1960 aux recherches sur le luminaire

À partir de la fin des années 1960, plusieurs tourneurs et décorateurs quittent l’entreprise. La production diminue, mais de nouvelles recherches apparaissent. André Boutaud introduit notamment d’autres matériaux et développe davantage le luminaire, les grandes lampes, les appliques et certains éléments de mobilier.

Cette capacité à changer de registre rend les Potiers d’Accolay difficiles à enfermer dans une seule esthétique. Deux pièces très différentes par leur couleur, leur matière ou leur forme peuvent appartenir à la même histoire de production.

1980-1989 : la fin de l’activité

André Boutaud meurt en 1980. Dans le même temps, les habitudes de voyage changent, les autoroutes remplacent progressivement les nationales et la concurrence étrangère devient plus présente. Les ventes diminuent et l’entreprise cesse son activité en 1989.

Les poteries restent néanmoins dans les maisons, les brocantes et les albums de famille. Leur redécouverte actuelle s’appuie autant sur les objets que sur les photographies, catalogues, souvenirs et témoignages permettant de documenter les personnes et les lieux qui ont participé à cette aventure.

Sources et repères

Cette chronologie est un point de départ. Les archives et témoignages peuvent encore préciser les dates, les attributions et le rôle de celles et ceux qui ont travaillé à Accolay.